Les lettres Créoles (à une inconnue)

Vendredi 30 octobre 2009

Rest - Homer Winslow - aquarelle -

--Lettre froissée--

L'île Bonaparte, Octobre 2009

Ma douce amie, ma très chère...

Le temps passe avec cette légèreté si commune à une vie tranquille. Est-ce que ma vie est "tranquille" ? En apparence elle l'est sûrement ! Je ne travaille pas, ni de loyer, ni de charge ou encore de frais à payer. Je bénéficie de la bienveillance de mes proches, et je n'ai que du temps libre que j'occupe en me baladant, lisant et bien sûr en ayant une activité chronophage bien connu sur la toile virtuelle, ou je poste quelque fois mes états d'âme. Je dis "quelque fois" car je ne les partage pas tous, je ne voudrais pas faire souffrir mon lectorat des noires pensées qui me traverse l'esprit et ce n'est que justice puisque je ne trouve chez eux aucune ombre de ce coté là !

Il semblerai donc que j'ai "la vie facile" abandonnant au monde certaines contingences primordiales comme le devoir de travailler pour gagner sa vie. Il semble en effet, et je dis bien "il semble" car rien n'est aussi trompeur que la prétendu ( ou sous-entendu) oisiveté d'un être, que la vie soit pour moi un long fleuve tranquille. Tout ce temps que j'ai eu (et que j'ai encore)  je l'ai mis a profit pour cultiver mes sens, mon esprit, et quelques jardins secrets si propres aux âmes errantes. Je sais ce que vous vous dites : "C'est bien trop de temps pour faire tout cela" et vous avez sans doute raison.

Un an ! C'est le temps écoulé. On pourrai, si vous le voulez bien faire un bilan. Ceux là même qui sont si simple a faire, en traçant un ligne au milieu d'une pages, on obtient deux colonnes, dans l'une on noirci avec le positif, et dans l'autre avec le négatif. Sans tricher si possible, et voyons ce que ça donne. Mais ce n'est pas si évident car rien n'est clairement positif, ni clairement négatif.

A l'origine, je ne devait rester dans l'île que 6 mois et repartir vers là d'où je suis venu : L'inconnu. Ça ne devait être qu'une escale avant de relarguer les amarres vers le grand large, vers ailleurs. Après deux ans de vagabondages je ne m'imaginais pas rester ici si longtemps, et pourtant.

Je suis un vagabond, un naufragé de la route, c'est comme ça que je me définis, je suis un individualiste bohémien. Ce statut a été plus facile à assumer alors que je parcourais Europe, les grands espaces, sans argent, ni pied-à-terre, formant des récits de voyage aux dernières lueurs du jour. Qui suis-je aujourd'hui ? Cette année passé ici m'a quelque peu dénaturé, qui suis-je donc ? Tout au plus un animal en cage, une bête de foire fatigué. J'ai d'ailleurs quelques restes de vieux tours appris dans ce zoo immense qu'est la vie dans une "société moderne". Je peux donner l'illusion un instant, des souvenirs de ma vie d'avant, une résurgence de vieux réflexes d'autodéfense ( le calcul, le mensonge, l'hypocrisie). Mais l'amer vérité, ( et j'ai appris à aimer ce goût) c'est que je n'appartiens plus à tous ça, et le paradoxe fait que cela fait parti de moi. Etrange ne trouvez-vous pas ?

Le proverbe dit vrai, "Nul n'est prophète en son pays", c'est dire que ma créolité ne vaut rien ici, je n'en ai que faire. Ma créolité prend tous son sens dans l'ailleurs, lorsque je la confronte à l'autre, aux voyages.

Je me suis douté, le "very" jour même où je posais les pieds au dehors de l'aérogare Roland Garros, que je me suis enfermé ( c'est la vertu principal d'une île) et déjà j'avais la certitude que mon plus grand défi serait de trouver le moyen de quitter cette île. Referai-je encore un an ici ? je ne crois pas, non. Sauf ( et je ne sais pas vraiment ce que ça implique) si l'on a besoin de moi, si j'y suis utile à quelque chose. Le plus difficile c'est de ne pas s'attacher au gens, et pour dire la vérité de ce point de vue là c'est déjà trop tard.

Les gens vous les rencontrer, et vous les aimez pour ce qu'ils sont, pas tellement pour ce qu'il font. c'est sans doute le sens du mot "humanisme", et c'est pour moi la condition sinéquanone à toute rencontre. Les rencontres, les gens, c'est certainement ce qui me fera rester ici bien malgré moi.

 C'est je dois vous l'avouer à présent, pour cela que je ne vous ai pas dit au revoir lorsque je suis parti. Vous m'en voulez encore, je le sais bien. Je ne vous l'ai jamais dis, j'avais peur en venant vous voir de perdre le peu de volonté et de détermination que j'avais mis tant de temps et d'effort à rassembler - Lâcheté ! Vous dites vrai en un sens- Il est vrai, qu'un mot de vous, que dis-je un mot, un regarde de votre part aurai suffit à me désarmer et me faire perdre l'idée de partir. Vous m'auriez alors, madame, condamner (avec mon consentement étrange) à une mort certaine, pas physique certes, mais une mort de l'âme.

Le destin (s'il existe) est moqueur, madame puisque condamné je le suis aujourd'hui, non pas par l'amitié/l'amour (j'hésite encore) que j'ai pour vous, mais par le plaisantin relief qui m'a vu naître, mon île, mon pays. Je suis condamné et j'y pense tous les jours, tous les jours... de ma vie "tranquille".

Bien à vous,
  
 

Jayce

Par Jayce
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Mercredi 30 septembre 2009

Sugar Cane #3 - Jon Eenigenburg - Huile sur toile

-- Lettre interdite--

L'île Bourbon, Septembre 2009

Chère [...]

Vous et moi, savions que quelque part dans le monde, nous sont adressées, écrites dans les coeurs bien plus souvent que sur le velin blanc, des lettres d'adieu, des lettres d'amour etc...... mais aujourd'hui c'est une lettre d'aveu que je vous adresse. Du haut de mon bout de caillou, merveilleux ecrin de nature posé en offrande sur l'Océan, je vous écris pour vous avouer que je n'ai pas changé. Je suis toujours, votre Jayce ; Et bien que je pensais que mon séjour à Bourbon me changerait, je m'apperçoit en fait qu'il ancre encore plus chez moi, ce que je voulais défénitivement jeter. Tout recommence comme avant, et j'ai peur. [...]

Je redécouvre l'île chaque jour un peu plus, du Nord au Sud, "des battants des lames au sommets des montagnes". Je vois la vie, couler, persque monotone, les saisons recommencent. Et pourtant rien ne change. Il est interessant d'observer travailler dans les champs les ouvriers agricoles, qui coupent la canne à sucre, sous un soleil terrible. Il faut voir comme la tache est pénible, et pourtant elle sera accomplie. Sur le sol derrière ces forçats qui avancent en ligne, s'ammoncèlent des tonnes de cannes abattues qui commencent déja ( conséquences de la coupe) à perdre en qualité. On etime, selon l'un des coupeurs que j'ai rencontré ( mais plus généralement) que la canne à sucre perd 10% de sa valeur ( en taux de sucre) par jours restés au sol depuis sa coupe. Et je me demande dans quelle mesure nous sommes, nous autres (humains) comme ces cannes à sucre, là, à terre, couchées sur la paille attandant que l'on nous charge dans les remorques avant de regagner les usines pour y être transformer (en sucre ou Rhum) et commencer un nouveau cycle, une nouvelle vie.

Je crois que moi aussi, je perd de ma valeur, de ma qualité un peu plus chaque jour. Je suis comme la canne à sucre de mon pays, coupé là sur le sol, j'attend qu'on vienne m'emporter pour commencer une nouvelle vie. Donnerais-je un jour de l'ivresse, ou de la douceur aux Hommes. J'espère et cela fait longtemps déjà... si bien que je me demande si je suis encore assez bon, si j'ai encore le potentiel.  ou finirais-je, replanté en bouture, pour la saison prochaine ?

Vous connaissez au fond de vous la réponse, à cette question. vous me connaissez si bien... (vous en doutez ?) puisque je vous dis que je suis toujours votre Jayce, pour l'instant, allongé sur la paille certes. Sachez que je pense vous à peu pres aussi souvent que le ciel est bleu, et que je regarde l'horizon. et vous serez, a mes yeux toujours ma chère [...], et pour ça j'imagine que l'on ne change pas, ou sans-doute pas autant qu'on l'on croit ou qu'on le voudrait. C'est ainsi !

Bien à vous,


Jayce 


Par Jayce
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Dimanche 30 août 2009

Pollice verso - Jean-Léon Gérôme, Huile sur toile, 1872, Phoenix Art Museum

-- Lettre raturée--

l'île Mascarin, Août 2009

Chère [...]

Vous aviez raison, lorsque vous disiez que l'on n'échappe pas à son passé. le mien me rattrape chaque jour un peu plus, avec la peur et l'angoisse qu'elle draine. il me reste encore quelque longueur d'avance, mais pour combien de temps encore ?[...]  L'étau se resserre. Et vous avez mis le doigt sur un paradoxe délicat, pourquoi fuir ce qui nous rattrapera toujours ? Permettez que je ne réponde pas directeement à cette question et qu'en lieu et place d'une réponse, je vous parle de ce que je vis ici.

Voila des mois que je suis dans l'île, et  alors que je menais une existence solitaire, cachée à l'ombre de la grande toile, derrière cette lucarne lumineuse et anonyme, je sens que les choses commencent doucement à changer. [...] J'avais pris bien soin de ne pas m'exposer (ou si peu) au jugement des autres, non pas que je les redoute mais parce que je ne me sentais pas l'énergie et la fougue des les affronter. C'était reculer pour mieux sauter. Mais je sens qu'arrive le moment de faire le grand saut, de me lancer dans l'arène, de me battre en gladiateur résolu. Qui sait ce que je trouverai là-dehors dans le sable ocre et carmin du colisée ? des adversaires ? j'espère bien.... Des alliés de circonstance ? pourquoi pas. Ainsi je m'exposerai véritablement à la lumière du monde, moi le monstrueux embryon produit par la nuit et l'enfer. [...] Il est à propos de parler d'une île comme d'une arène, car une fois les guerriers au centre du cirque, plus rien n'existe en dehors, un peu comme tout ce bleu autour. [...]

Je sais que les prochain mois vont être crucial pour mon existence et l'idée que je m'en fait. Serai-je à la hauteur de mes aspirations. Je suis déjà aller tellement loin qu'aucun retour n'est possible. Il n'y a donc pas trente-six portes de sortie possible.  Et vous ne voyez pas ce dont je parle... ce n'est pas bien grave Madame, ces mots ne vous parlent pas si bien et autant que j'aimais à le faire autrefois. Je suis sot ( vous me l'avais dit parfois).[...]

"Ceux qui vont mourir vous salue"[...]

Bien à vous


Jayce  

Par Jayce
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Vendredi 31 juillet 2009

Yachting competition (détail) - Montaigue Dawson - huile sur toile

-- Lettre déchirée--

Pearl Island, Juillet 2009

Ma chère amie,

Je vous avoue ma folie, et mon insouciance. J'ai failli vous poster cette lettre hors délai. Oui, je sais nos rendez-vous quand arrive les fins de mois, je me retrouve devant cette page blanche que je noirci non sans peine (vous me connaissez si peu bavard) en vous livrant mes pensées, mes humeurs du moment. Une tranche de mon coeur que je vous envoie et qui pour aujourd'hui sera avec un peu de retard. Mea maxima culpa, chère Madame, voyez-vous, l'esprit, valeureux capitaine, me manque, et le coeur, généreux second, a pris le relais, et vous connaissez les penchants du coeur pour le plaisir, n'est-ce pas ? voila que mon corps entier, ce vaisseaux fat et paresseux, a depuis quelques semaines fait halte aux bras de quelqu'une, une certaine qui porte à notre modeste voilure un interet aussi étrange qu'improbable.
[...]
 Le fait est acquis : j'ai jeté l'ancre dans la baie de ses yeux, et en contrepartie elle peut à sa guise manoeuvrer et se promener à loisir sur le pont. Et cependant, alors que j'aspirai justement à me livrer à une femme, je résiste, je suis prudent. je ne m'abandonne pas à mon désir. je ressens comme un malaise, d'un impossibilité d'être heureux, ce n'est clairement pas ce que je veux, ce qu'il me faut.
 [..]
 je sens une menace profonde, à l'intérieur de moi. Comme si un signal d'alarme avait retenti et dont le lancinant écho me parvenait crescendo. J'imagine qu'alors que l'esprit est débarqué, le coeur est aux commandes, mais l'âme, ce bel équipage,  gronde une sorte mise en garde, et rappelle le pacte céleste qu'autrefois mon esprit, mon coeur et  mon âme avions scellé. [...]
J'envie ceux qui, comme vous, naviguent qu'avec le coeur, sans doute naviguent-ils dans des eaux plus pacifiques, mais c'est un danger permanent que de laisser celui-là à la barre. Chez moi le coeur est sot, je ne lui fais pas confiance, dès lors mon âme inquiète sonne les cloches de la mutinerie.
[..]
Cette relation naissante ne m'apparaît pas comme ce long fleuve tranquille que je m'étais imaginé, encore que je ne perçois pas de remous à la surface, ni d'écueils, mais comme dis le proverbe : Méfiez-vous de l'eau qui dort ! 
Et pour vous dire la vérité, j'aime le grand large, sentir les allures portantes, les creux entre deux déferlantes, sans port d'attache ni escale, toujours défiant les vents, je croise au large toute sorte de navire, de la frêle esquif comme moi au plus imposant tanker en passant par les beaux trois mats. Non vraiment, je ne me sens bien qu'au milieu des Océans. Et forcément aujourd'hui j'appréhende donc un peu, la rade dans laquelle mon coeur a mouillé. [...]

Tant et si bien que je n'ai pu résister à vous traduire ces quelques vers d'un poème d'Emily Dickinson ( vous savez d'ailleurs tres bien à quel point je la vénère).... cela donne à peu près ceci :

C'était un si petit, petit bateau 
qui faisait ces débuts sur la baie.
C'etait un si vaillant et brave Océan
qui lui faisait signe,et l'attirait.

C'était une avide et gourmande vague
Qui lui lechait la coque depuis la côte ;
La majestueuse voile ne se voyait déjà plus
Ma petite embarcation était perdu.! 

[...]

Accusez, ma chère amie, avec la plus grande indulgence la réception tardive de ces mots. Ne blâmez pas le prompt messager qui vous les amène, mais l'imbécile ami qui vous les écrit. 

Bien à vous,


Jayce

Par Jayce
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Jeudi 25 juin 2009

Homosassa river - Homer Winslot -

-- Lettre brulée--

Dina Morgabim, Juin 2009.

Chère [...] 

Vous serez sans doute surprise, belle amie, en lisant cette lettre. D'abord, j'imagine, parceque vous n'attendiez pas me lire apres toute ces années. Il y a longtemps déjà. Et aussi parceque cette missive, pour vous comme venue d'outre-tombe, arrive tout droit de mon île natale, le dernier endroit où vous me pensiez, et pourtant c'est bien ici que j'ai élu résidence depuis quelques mois maintenant. Oui je suis revenu aux origines. Et quelles origines !! [..]

Vous souvenez-vous, une fois en été, vous me conduisiez à travers votre normandie natale et me contiez des histoires extraodinaire de votre pays, de vos origines, de vos ancetres vaillant guerriers vikings d'une part, noblement celte de bretagne d'autre part. J'etais fasciné en vous écoutant, de vous savoir issue de tels peuples fiers et conquerants, si attachés à leur territoire. Je vous ai alors envié, à tort je m'en rend compte. J'ai pensé moi aussi, que j'aurai aimé être le descendant d'une si belle et avantageuse histoire, ou comme d'autres, être le descendant des battiseurs de merveille, des guerriers et conquerant, ou dépositaire d'un sagesse plusieur fois millénaire. Or je suis l'heritier d'un peuple esclave, et ce n'est, au première abord, pas un source de fièrté ou de vantardise. Mes ancêtres n'ont rien bati ( rien en tout cas qui nous soit parvenu, ou que je puisse en prendre possesion, par ignorance ou oubli ), Mes ancêtres n'ont laissé aucunes traces écrites, aucune philosophie. Mes ancêtres n'ont rien conquis, même pas leur liberté qui leur à été rendu (ce qui ne veut pas dire qu'ils ne se sont pas battu certes).

 Alors je me suis demandé : De quel heritage pouvais-je bien être fier ? je me suis posé la question sous bien des formes différentes et ce pendant de nombreuses années. J'avais beau lire, relire tous les ouvrages sur le sujet, voir tous les documentaires, les films, tout me ramenais à l'esclavage, la souffrance, la violence, la mort, les fers. Etait-ce donc là mon heritage ? Alors que d'autres héritent de pyramides, de terres conquises, de vastes empires ou de sciences éprouvées. jusqu'a ce que finalement je comprènne et que me soit révélé la vrai nature de mon héritage. Tout cela en lisant (et vous en soulignerez l'ironie car je sais que vous aimez ce poète plus que moi) une lettre daté de 1775 que Evariste de Parny envoya à son ami Antoine Bertin, lettre dans laquelle il s'indignait de l'esclavage. Je l'ai relu plusieur foi, encore et encore... une phrase me serre le coeur, la dernière, car en parlant des esclaves, il écrivait alors : " Ils s'échappent quelquefois (...) enlèvent une pirogue et s'abandonnent sur les flots. Ils y laissent presque toujours la vie ; et c'est peu de chose lorsqu'on perdu la liberté. "
C'est peu de chose, et pourtant... [...]

Or il m'est apparu ceci : Prenez un peuple, asservisez-le, enchainez-le, enlevez-lui toute dignité, toute humanité, profitez de leur travail, enfin construisez avec leurs sueurs et leurs larmes des sociétés entières, une civilisation presque mondiale. Que restera-til de ce peuple ? la réponse se trouve dans les livres d'histoires. [...]

J'en tire un verité priori toute simple mais qui ne l'est pas : c'est que ce peuple, pendant "cette longue nuit de captivité", plongé dans les ténèbres de l'injustice et de la barbarie, ce peuple donc à continuer à esperer, a vivre et à s'aimer, alors que rien ne leur était permis même pas le droit d'être des hommes, ni des animaux (cf. le code noir). Ils ont gardé l'espoir, l'espoir d'être libre, l'espoir d'être rendu à leur humanité, cette espoir est comme une faible bougie allumée dans une grosse tempète, il est fragile et terriblement puissant à la fois.

Cette bougie m'est parvenu avec cette conviction intime d'en être l'un des destinataires parce qu'apres tout, je suis la seule raison d'exister de mes ancetres, je suis la seule preuve de leur passage sur terre, de leur vie, de leur amour.

J'ose croire que ce qu'il faut retenir de l'esclavage, ce n'est pas les chaines, la soufrance, la violence, la haine, la vengeance, Non, ce qu'il faut retenir de l'esclavage, c'est l'amour et l'espoir qui a pris naissance dans ce terrible contexte. Voici donc mon héritage, plus qu'une couleur de peau, plus qu'une complainte chanté aux rythmes venus de la nuit des temps, c'est une soif désespérement insatiable de liberté, d'amour et d'espoir, et je suis fier d'en être l'un des dépositaires. Et ça, ça vaut bien tous les empires, les merveilles du monde, toutes les gloires, les noblesses et les sagesses du monde entier.[...]

J'aimerais pouvoir vous montrer, vous faire découvrir l'importance cet héritage dans mon île natale et toutes les formes qu'il revêt... un jour peut-être, qui sait ?
En tout cas : je garde espoir.


Jayce 

Par Jayce
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Jeudi 28 mai 2009

Glass window, Bahamas - Winslow Homer - 1885

-- Lettre muette--

England Forest, Mai 2009

Ma chère amie,

Nous y voila à présent combien de temps s'est-il écoulé ? 1 an ? 10 ans ? une vie ? une éternité ou 1 seconde à peine ? dites le moi ! [...]

Je suis là, assis sur la jetée, j'attends que le jour se lève. Le vent frais du matin fouette mon visage d'embruns légers. L'air iodé, le goût du sel sur mes lèvres, la mer, et je vous imagine, vous êtes là quelque part de l'autre coté de cet océan que j'embrasse du regard. Je pense à vous, je vous vois presque, lisant et relisant ces mots en mâchouillant les branches de vos lunettes rouges (oui celle là même que j'avais essayé un jour), je vois votre sourire.
Je pense à vous, je ne vous ai pas oublié. Comment le pourrai-je ?

Vous m'appeliez un peu plus tôt dans votre lettre "mon cher ami", voila bien longtemps que l'on ne m'avait pas nommer ainsi, et il me semble encore que étiez la seul à employer ces mots à mon égard à l'époque. Dans une autre vie qui a durée une éternité ou une seconde à peine, je ne sais plus. [...]

Alors de quoi pourrai-je vous parler ? Je pourrai vous parler du temps qu'il fait dans l'île, du radieux soleil qui s'annonce pour aujourd'hui, des arbres qui perdent doucement leur feuilles comme en automne sous vos latitudes mais sans ocres ni roux, je pourrai vous parler des températures qui baissent petit à petit, au fur et à mesure que nous entrons dans l'hiver austral. Non.
Et si je vous parlait des gens ? vous dire comment ils sont, ce qu'ils m'inspirent.
Non. 
Alors je pourrais vous parler du contexte socio-politique, vous parler de la signature d'accord sur la baisse de prix, l'augmentation des salaires, de ces états généraux d'outre-mers qui n'ont pas encore trouvés son public, et se présentent d'ores et déjà comme un succès mitigé.
 Non.
Je ne vous parlerai pas de tous ça. De tous ça vous pouvez en avoir écho dans les médias. Non. Je vous parlerai bien de moi mais j'aurais peur de vous ennuyer [...] mais je prends le risque, puisque vous insistez.
Le soleil est déjà levé et commence juste, sa course au firmament. je regarde l'horizon et mes pensées s'envolent (vers vous, attrapez-les !).

J'étais revenu dans l'île pour trouver la paix, un peu de répit. Aujourd'hui, je me demande ce que je fais ici. Je ne sert à rien, ni à personne. Je suis inutile. J'erre dans St Denis comme une âme en peine et la vérité : Je ne fais rien de mes journées. J'ai perdu mes illusions.
Stefan Zweig a dit un jour : "
Ce n'est que quand on n'est pas inutile que l'existence prend un sens", c'est plutôt ironique quand on sait qu'il s'est suicidé dans la fleur de l'âge. Mais paradoxalement je ne le comprends que trop bien. [...]

Alors pour tuer le temps (puisqu'il faut bien tuer quelque chose avant moi-même) je marche, je lis beaucoup et je rêve comme toujours. Et cependant je perds quelque chose que je peux pas encore définir. Ce que je sais, c'est qu'hier soir encore, m'en allant me coucher, je me suis apperçu dans le grand miroir de l'entrée... et j'ai particulièrement détesté l'individu que j'y ai vu. Il y a une forme de fatalité là dedans. Une acceptation sourde de l'aliénation de l'esprit et du corps. Mais une partie de moi appel à la révolte. Cette même révolte qui me poussa à tout quitter il y a quoi... un éternité ou 1 seconde a peine, je ne sais plus vraiment.

En résumé, de révolutions en révolutions, nous demeurons insensiblement les mêmes, pris au piège dans les prisons que nous fabriquons nous-même. On peut s'évader parfois, jamais pendant tres logntemps, mais on y revient toujours. Et pourtant il existera toujours cette flamme à l'intérieur, une partie de nous, qui n'acceptera jamais cette condition, appelons ça l'instinct, (pourquoi pas). Cette flamme ne s'éteint que lorsque l'on meurt et c'est pour ça que je suis là ce matin sur le bord de la jetée, j'ai décidé de tuer celui que j'ai vu hier dans le miroir. Je ne sais pas combien de temps ça va prendre, sans doute le temps compris entre une éternité et 1 seconde. qui sait ? [...]

Pendant que j'écris, le soleil monte bien haut, il faut déjà chaud, et les reflets sur l'océan m'aveuglent. Le goût de sel sur mes lèvres, mes larmes, c'est l'heure de la révolte. Il doit être 9h00 passé... d'une éternité ou d'une seconde à peine.

Bien à vous,


Jayce 

Par Jayce
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Mercredi 22 avril 2009

Tropical landscape with fishing boats in bay (détail) - Albert Bierstadt - huile sur toile

-- Lettre envolée --

Pearl Island, Avril 2009

Chère [...]

Je vous retrouve, encore une fois [...]
Les jours se suivent, et se ressemblent, la vie passe et je continue à apprendre. Je me souviens encore de vos mots quand une tuile me tombais sur les bras, je me souviens de vos "You live, you learn, Baby !!". [...] Le temps passe et je sens de plus en plus l'appelle de la nature. 

A Pearl Island, elle y est luxuriante mais comme partout elle est menacée par les pollutions de l'homme. Mais ici plus qu'ailleurs, sur un volcan au milieu de l'océan, elle sait se faire respecter et se rapelle douloureusement aux souvenirs de ces habitants. Elle se venge la diablesse. La nature se livre mais parfois vous retient. J'ai bien à coeur d'aller visiter les perles de l'île dans une randonnée vers les sommets des cirques, les forêts, les cascades, et de m'y perdre. J'ai envie de grand espace, de calme, de silence, un besoin de respirer. Je m'encourage tous les jour à mettre sur pied, cette expedition qui me conduira du Nord de l'île au Sud soit plus de 130 km de piste en passant par le plus haut sommet (3000 mètres d'altitude).. un sevère entrainement s'impose, mais aussi un état d'esprit plus qu'aventureux.

Cependant, alors que j'ai à ma disposition un formidable terrain de jeu, mon esprit est dejà ailleurs, mon coeur est tourné vers un continent situé à un jet de pierre : l'Afrique. Je ne peux ignorer cette influence majeur sur l'île, sur moi... j'entends les rythmes, les dances, les chants, qui resonnent dans ma poitrine, je vois les visages, les couleurs, les paysage qui se dessinent dans mon esprit. J'entend l'appelle, mes pieds trépignent. Alors je me dis que l'île sera mon terrain d'entrainement, en attendant l'Afrique, sauvage et libre. [...]

Je vous vois sourire, Vous vous demandez quelle nouvelle lubie est-ce donc ? Vous me connaissez, chère et fidèle amie, on ne sait jamais vers où je me dirige, moi même je n'arrive pas toujours à me suivre. A vrai de je ne vois pas de meilleur moyen de se retrouver que de se perdre soi même. Ne sait on pas que la meilleur façon de trouver ce que l'on cherche c'est justement de ne pas chercher.

Les choses arrivent simplement, un peu comme ces mots, cette lettre que vous n'attendiez pas et que vous lisez à présent. Est-ce la surprise ? je sens le poids de vos yeux, lourdes et douces agates, sur le papier. Je les vois qui brillent, humide... c'est étrange.[...]


Bien à Vous,


Jayce 

Par Jayce
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Dimanche 22 mars 2009

Rivage d'une mer turquoise - Albert Bierstadt - 1878- Huile sur toile

--Lettre interrompue--

Santa Apollonia, Mars 2009

Chère [...]

 Alors que le navire faisait nauvrage, une vague bienheureuse m'a ramené sur le rivage d'une île étrangement famillière et que je découvre pourtant [...]

Comment décrire le plaisir que j'ai eu a te lire ? ce fut une joie immense, les souvenirs que tu évoquais alors m'ont bouleversé et je revois avec émotion les bons moments que nous passâmes ensemble, les enfants, toi et moi...
 Tu me manques, mais, malgré la nostalgie,  je ne regrette rien car ici m'attendent de nouvelles aventures qui je l'espère auront la même saveur que les nôtres. [...]

Je suis en ce moment en plein travail. Ca t'étonne ? moi aussi. Depuis mon retour j'ai l'impression de m'être reconcilié une part de moi même, une partie de mon identité, qui même si elle n'avait pas été oubliée, avait été mise de coté. Je redécouvre des textes, des chansons magnifiques que je dédaignais autrefois.
 
J'ai l'impression d'être pris dans une étrange dimension, un tourbillon immense où tous ce que je perçois comme message, comme oeuvre me touche à un point extrême. Je redécouvre le plaisir d'écrire en créole. Je me replonge dans mon enfance et retrouve des thèmes aussi futiles que furieusement essentiels.
Je retrouve avec joie et gourmandise, les textes d'Alain Peters (poète fabuleux), Jean Albany, Lacaussade, et les autres tendres enfants de Célimène.
[...]
Un sens nouveau naît alors.

Tout comme le fait , et je réalise aujourd'hui,que j'écoute bien volontiers du séga et du maloya, genres musicaux que je délaissait gravement quand j'étais plus jeune et qui me narguent a présent.j'ai l'impression d'avoir raté beaucoup de choses, mais j'ai un féroce apétit à rattraper le temps perdu.

 A moi, Maxime Laope, Firmin Viry, Michel Admet, Gramoune lélé et les autres ! autant de noms qui ne te disent sans doute pas grand chose, mais voici des hommes (et des femmes) qui entre dans mon Panthéon, et siège désormais aux cotés des Brassens, Marley, Coltrane, Verlaine, Hugo.
Il me reste encore beaucoup de travail à abattre pour lire, comprendre, m'imprégner de ces auteurs magnifiques, mes nouveaux maîtres.
  
Et en bon élève que j'essaie d'être, évoquant au début de cette lettre d'émouvant sourvenirs, je te livre un extrait d'un poème que je te dédie....

[...]
"T'en souvient-il ? assis aux bords de la colline,
Par un beau soir de mai, nous rêvions tous les deux ;
Un souffle tiède et pur embaumait ta poitrine,
Mais des larmes voilaient tes yeux tristes et bleus.
Ton pâle et doux sourire à mes regards de frère
Révélait de ton cœur le douloureux mystère :
D'un sort cruel déjà nous subissions la loi.
A confondre nos pleurs j'ai trouvé bien des charmes !
Que m'importe aujourd'hui l'amertume des larmes,
J'ai connu la douceur de pleurer avec toi !
 [...]"

A.Lacaussade, "A une femme" 
Extrait du receuil "Les salaziennes" 1839



Bien à vous,


Jayce 

 

 

 

Par Jayce
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mercredi 25 février 2009

Samoan girl - Duffy Sheridan- huile sur toile

--lettre perdue--

l'île Bonaparte, Février 2009,

Chère [...]

[...] Vous avais-je dit qu'ici c'était l'été ? le soleil cogne sous ces latitudes, la chaleur est parfois si intense que bouger deviens pénible. J'aime à la fin de la journée ou les gramounes (les vieilles personnes) sortent enfin sous les banyans, lataniers, filaos et arbres aux épais feuillages ; sur les parterres ombragés, ils s'installent dans leur chaises longues et discutent en attendant que baisse le soleil. A ce moment de la journée sortent les promeneurs du Barachois, vers seize heures, la promenade commence à se remplir. Toute les génerations se retrouvent sur ce front de mer. Et j'avoue que c'est un réel plaisir que d'y voir se pavaner les charmantes demoiselles qui, déambulant d'un air faussement nonchalant, vous jete un de ces regards qui rend les hommes d'ici fou d'amour.[...]

 Ne soyez pas jalouse ma chère [...] vous savez tendre, vous aussi, les mêmes redoutables filets.[...]

Ahh la femme créole, qu'elle est belle !  elle a beaucoup de caractère, elle est à l'image de cette île, elle est intense, volcanique, rafraichisante comme la brise des hauts. Son corps sculpté est accessible au prix d'immenses efforts, un peu comme la coté orientale de l'île et ses rivages au vent battus des vagues déferlantes de l'Ocean Indien ; et pourtant, l'effort en vaillant la peine, ce même corps présente de merveilleux rivages de sable blanc, léchés par l'azur des eaux plus pacifiques.
 La femme créole et sa peau de basalte est un écrin  pour un trésor où naît mille merveilles de douceur. Son coeur plus inaccessible encore, semblable à ces fleurs sauvages qui jouxtent les sources d'eau claires, que cachent les forets primaires, et la végétation luxuriante des cirques. 
Il arrive parfois qu'elle gronde, cette femme, cette terre, elle gronde comme ma mère et se rapelle au bon plaisir de ses enfants. Et dans ses colères, furieux cyclones, elle n'en demeure pas moins belle. A vrai dire je ne sais pas si c'est la femme qui est a l'image de l'île ou si c'est l'île qui est a l'image de la femme.
Ce que je sais c'est qu'ici, la femme et l'île, sont filles du mariage d'un volcan et de l'océan. [...] 

Bien à vous,


Jayce

Par Jayce
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Samedi 24 janvier 2009

Le long de la Route Bahamas - Homer Winslow - aquarelle

--Lettre oubliée--

 l'île Mascarin, Janvier 2009,

Chère [...]

[...] Voila donc c'est officiel, je commence à m'acclimater - certes je ne me sens pas encore chez moi - (y a t-il un endroit sur terre ou je me sente chez moi ? je l'ignore et je n'espere pas). Il aura fallu donc 3 mois pour pouvoir marcher dans les rues de St Denis, St Paul ou St Gilles, sans me sentir totalement étranger. Le rapport joue en ma faveur : 10 ans d'exil pour 3 mois de réadaptation, c'est pas mal.
Le soleil me brûle moins la peau, la chaleur me fait moins souffrir, je me sens plus à l'aise, et je me surprends à rire aux blagues des forains quand je fais le marché.
Cette île et ces habitants me sont de plus en plus familier et le fait que les choses me parraissent plus claires maintenant que je distingue mieux tout ces petits détails inhérents à la population.

Alors je marche, le front haut, le nez au vent, mon regard qui porte au loin, je regarde mes compatriotes dans les yeux, je les interpelle du regard... c'est que... je suis fier d'être mascarin et je veux le faire voir.( c'est absurde quand j'y repense... mais pas tant que ça).

Ce que je vois en observant plus dans les details la sociètè créole me reste en travers de la gorge. Quelque chose cloche, un air bizarre plane, "
il y a quelque chose de pourri au royaume" du margouillat. Mais oui... je vois à présent ! Nous sommes en 2009 ( je te souhaite une heureuse année au passage) et force est de constater que le model sociétal du systeme colonial perdure : Une poignée de blancs commande à une masse de noirs. Quand je regarde la société mascarine je m'aperçoit que ces dirigeants et élites sont tous (sauf en de bien trop rare exceptions) des extra-insulaires.

Comment !! N'existe t-il donc pas de leadership créole ? ou sont ces dirigeants locaux, ces fiers créoles à la tête de nos entreprises, investissant sur nos territoires pour les valoriser ? Je crois les avoir vue, ces esprits brillants sur les bancs de l'université, et des école de commerce, de gestion et de marketing, ou sont-ils à présent ? les a-t-on laisser leur chances ? je l'ignore... dans une ile ou  la reussite majeur est d'être fonctionnaire et non entrepreneur. N'a-t-on pas deja assez travailler pour l'état, qu'il lui faille encore sacrifier nos plus brillant cerveaux à etre sous employé derrière un guichet de l'hotel des impots ? on me répondra la sécurité de l'emploi...mentalité créole....
et je me rend compte que la socièté est ainsi. Le créole s'efface devant le gros zozo-col-blancs, il baisse la tête en disant : " oui missié", c'est à vomir !
Avons-nous donc perdu toute fièrté ? ou est l'affirmation de notre culture, de nos origines, sans honte ? est on capable de regarde le col-blanc droit dans le yeux, d'égal à égal, de s'asseoir avec lui à table et de ne rien lacher, et de ne pas se faire endormir par les belle paroles ?

Pouvons-nous être ferme et sans concession face à ces metropolitains et autres continentaux qui arrivent ici en pays conquis ? qui pourra se lever et dire haut et fort : NOUS NE SOMME PAS UNE
PROVINCE !!

Mais soyons honnête, je ne veux pas au "métro" qui viennent et qui se servent puisque cela leur ai permis, non, cela serai hypocrisie de ma part car il est fort probable que je ferai pareil. Non, j'en veux à mes frères créoles de se laisser ainsi mener par le bout du nez. J'en veux à mes frères d'avoir honte de ce qu'ils sont. Je leur en veux de ne pas vouloir se prendre en main et de présider à leur propre gouvernance. Enfin je les en veux de se croire inferieur, et incapable.

Ce sentiment d'inferiorité conditioné par des années d'esclavage et de colonialisme, ce reflexe quasi-pavlovien de baisser la tête et de courber l'échine face a un pouvoir economique central des lors qu'il porte un élégant costard-cravatte made in Paris tandis que nous sommes là, simplement vêtues d'un simple chemise en cotton froissé et d'un bertelle made in La Caz.
 Somme-nous à ce point impressionnable ?
Et il est de cette insupportable indolence créole, ce laisser aller presque permanent qui donne à certains "
zoreils" (terme non péjoratif, cependant qu'il faut ne pas mettre tous les zoreils dans le meme panier) l'impression d'être des seigneurs...

Ahh que j'envie les antillais, qui ont à leur manière repris en main leur affirmation, et ne se laisse plus désabusé par le métropolitain accapareur (que je differencie du métropolitain respectueux qui partage).
Mais dans l'île des voix s'élèvent, un peu comme la mienne dans cette lettre. elles dénoncent ce rapport inégale de dominant/dominé, ce rapport social qui renvoie à un système révolu (et pourtant).

Une forme de résistance s'organise à laquelle je prend part et qui consiste à s'affirmer, à ne pas baisser les yeux et à ne rien laisser passer à ceux qui pensent que l'île leur ai offerte. Car je me souviens que dans mon exil ( et j'ai retenu la leçon de 10 ans en europe) rien ne m'a été offert.

Il est donc fini le temps de la naîveté, de ce gout doucement amère de la "
goyave de France"  qui nous commandait d'offrir ce que nous avions de plus précieux aux civilisateurs blancs en échange de pacotilles.
J'appelle mes frères à faire l'experience du voyage, de se frotter à d'autre cultures, d'autres visions et mentalités pour apprendre leur vrai grande valeur et aussi pour comprendre qu'il est un trésor inestimable dont nous sommes les gardiens et qu'il est important de ne pas le brader au premier zozo venu.

Ce trésor qui fait notre identité, notre culture, notre âme : notre île. [...]

Bien à vous,


Jayce

Par Jayce
Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires - Recommander
Mardi 23 décembre 2008

Cess Penning -tiger tulip- huile sur canevas-

-- Lettre morte --

L'île Bourbon, décembre 08

chère, [...]

[...] L'air est fortement saturé en humidité, c'est un véritable été tropical, lourd et chaud. Les fruits exotiques commencent déjà à libérer leurs parfums dans la nature et parfois en ville aaussi. Il n'est pas rare de sentir des effluves de papayes, de mangues et de litchis au détour des rues claires de St Denis ou de St Paul. Et qui dire des fleurs, sinon qu'en cette période estivale, leurs couleurs se multiplient à l'infini ; d'ailleurs Décembre est le zénith  de ce florilège et de cette symphonie colorée et odorantes.

Il faut le soir venu, se promener aux premières fraicheurs, dans un jardin créole, le ciel alors s'anime de teintes surréelles emprunt de pourpre, de rose et d'orange, et l'on sent, en marchant pres des vacoas, les douces et legères exhalaisons du jasmin et du lilas, un peu plus tard, aux premières étoiles, suplantées par la senteur subtile des herbes aromatiques. Et finalement [...] pourrai-je terminer sans parler de ce bleu, permanent tout autour. Le bleu du ciel, parfois, et le bleu de l'Océan toujours. ils sont légions ces bleus, nuances variables, Ils sont apaisants et beaux aussi et révoltant à coup sûr.

Mais au-delà de l'air qui y règne, je dois avouer que cela me procure une sensation étrange que d'être ici, dans l'île.
tout y est tellement petit, (plus petit que dans mes souvenirs), et depuis que je l'ai quitté, je dois dire que rien n'a fondamentalement changé mais tous semble radicalemment différent [...] . la chose est étrange, j'ai l'impression d'etre dans un autre pays, inconnu et famillier à la fois. je suis un étranger au pays natal [...] Il faut que je me rende à l'évidence : je ne suis plus chez moi ici. [...]

Bien à vous,

Jayce

Par Jayce
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander

Who's the boss ?

Kikoo

(o_O)

Pour me contacter, me MSNiser, m'envoyer des trucs même les plus dingues (faites pas les timides lachez-vous !)
mon e-mail
jayce3.0@hotmail.fr


Derniers Commentaires

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés