Homosassa river - Homer Winslot -

-- Lettre brulée--

Dina Morgabim, Juin 2009.

Chère [...] 

Vous serez sans doute surprise, belle amie, en lisant cette lettre. D'abord, j'imagine, parceque vous n'attendiez pas me lire apres toute ces années. Il y a longtemps déjà. Et aussi parceque cette missive, pour vous comme venue d'outre-tombe, arrive tout droit de mon île natale, le dernier endroit où vous me pensiez, et pourtant c'est bien ici que j'ai élu résidence depuis quelques mois maintenant. Oui je suis revenu aux origines. Et quelles origines !! [..]

Vous souvenez-vous, une fois en été, vous me conduisiez à travers votre normandie natale et me contiez des histoires extraodinaire de votre pays, de vos origines, de vos ancetres vaillant guerriers vikings d'une part, noblement celte de bretagne d'autre part. J'etais fasciné en vous écoutant, de vous savoir issue de tels peuples fiers et conquerants, si attachés à leur territoire. Je vous ai alors envié, à tort je m'en rend compte. J'ai pensé moi aussi, que j'aurai aimé être le descendant d'une si belle et avantageuse histoire, ou comme d'autres, être le descendant des battiseurs de merveille, des guerriers et conquerant, ou dépositaire d'un sagesse plusieur fois millénaire. Or je suis l'heritier d'un peuple esclave, et ce n'est, au première abord, pas un source de fièrté ou de vantardise. Mes ancêtres n'ont rien bati ( rien en tout cas qui nous soit parvenu, ou que je puisse en prendre possesion, par ignorance ou oubli ), Mes ancêtres n'ont laissé aucunes traces écrites, aucune philosophie. Mes ancêtres n'ont rien conquis, même pas leur liberté qui leur à été rendu (ce qui ne veut pas dire qu'ils ne se sont pas battu certes).

 Alors je me suis demandé : De quel heritage pouvais-je bien être fier ? je me suis posé la question sous bien des formes différentes et ce pendant de nombreuses années. J'avais beau lire, relire tous les ouvrages sur le sujet, voir tous les documentaires, les films, tout me ramenais à l'esclavage, la souffrance, la violence, la mort, les fers. Etait-ce donc là mon heritage ? Alors que d'autres héritent de pyramides, de terres conquises, de vastes empires ou de sciences éprouvées. jusqu'a ce que finalement je comprènne et que me soit révélé la vrai nature de mon héritage. Tout cela en lisant (et vous en soulignerez l'ironie car je sais que vous aimez ce poète plus que moi) une lettre daté de 1775 que Evariste de Parny envoya à son ami Antoine Bertin, lettre dans laquelle il s'indignait de l'esclavage. Je l'ai relu plusieur foi, encore et encore... une phrase me serre le coeur, la dernière, car en parlant des esclaves, il écrivait alors : " Ils s'échappent quelquefois (...) enlèvent une pirogue et s'abandonnent sur les flots. Ils y laissent presque toujours la vie ; et c'est peu de chose lorsqu'on perdu la liberté. "
C'est peu de chose, et pourtant... [...]

Or il m'est apparu ceci : Prenez un peuple, asservisez-le, enchainez-le, enlevez-lui toute dignité, toute humanité, profitez de leur travail, enfin construisez avec leurs sueurs et leurs larmes des sociétés entières, une civilisation presque mondiale. Que restera-til de ce peuple ? la réponse se trouve dans les livres d'histoires. [...]

J'en tire un verité priori toute simple mais qui ne l'est pas : c'est que ce peuple, pendant "cette longue nuit de captivité", plongé dans les ténèbres de l'injustice et de la barbarie, ce peuple donc à continuer à esperer, a vivre et à s'aimer, alors que rien ne leur était permis même pas le droit d'être des hommes, ni des animaux (cf. le code noir). Ils ont gardé l'espoir, l'espoir d'être libre, l'espoir d'être rendu à leur humanité, cette espoir est comme une faible bougie allumée dans une grosse tempète, il est fragile et terriblement puissant à la fois.

Cette bougie m'est parvenu avec cette conviction intime d'en être l'un des destinataires parce qu'apres tout, je suis la seule raison d'exister de mes ancetres, je suis la seule preuve de leur passage sur terre, de leur vie, de leur amour.

J'ose croire que ce qu'il faut retenir de l'esclavage, ce n'est pas les chaines, la soufrance, la violence, la haine, la vengeance, Non, ce qu'il faut retenir de l'esclavage, c'est l'amour et l'espoir qui a pris naissance dans ce terrible contexte. Voici donc mon héritage, plus qu'une couleur de peau, plus qu'une complainte chanté aux rythmes venus de la nuit des temps, c'est une soif désespérement insatiable de liberté, d'amour et d'espoir, et je suis fier d'en être l'un des dépositaires. Et ça, ça vaut bien tous les empires, les merveilles du monde, toutes les gloires, les noblesses et les sagesses du monde entier.[...]

J'aimerais pouvoir vous montrer, vous faire découvrir l'importance cet héritage dans mon île natale et toutes les formes qu'il revêt... un jour peut-être, qui sait ?
En tout cas : je garde espoir.


Jayce 

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