Sugar Cane #3 - Jon Eenigenburg - Huile sur toile

-- Lettre interdite--

L'île Bourbon, Septembre 2009

Chère [...]

Vous et moi, savions que quelque part dans le monde, nous sont adressées, écrites dans les coeurs bien plus souvent que sur le velin blanc, des lettres d'adieu, des lettres d'amour etc...... mais aujourd'hui c'est une lettre d'aveu que je vous adresse. Du haut de mon bout de caillou, merveilleux ecrin de nature posé en offrande sur l'Océan, je vous écris pour vous avouer que je n'ai pas changé. Je suis toujours, votre Jayce ; Et bien que je pensais que mon séjour à Bourbon me changerait, je m'apperçoit en fait qu'il ancre encore plus chez moi, ce que je voulais défénitivement jeter. Tout recommence comme avant, et j'ai peur. [...]

Je redécouvre l'île chaque jour un peu plus, du Nord au Sud, "des battants des lames au sommets des montagnes". Je vois la vie, couler, persque monotone, les saisons recommencent. Et pourtant rien ne change. Il est interessant d'observer travailler dans les champs les ouvriers agricoles, qui coupent la canne à sucre, sous un soleil terrible. Il faut voir comme la tache est pénible, et pourtant elle sera accomplie. Sur le sol derrière ces forçats qui avancent en ligne, s'ammoncèlent des tonnes de cannes abattues qui commencent déja ( conséquences de la coupe) à perdre en qualité. On etime, selon l'un des coupeurs que j'ai rencontré ( mais plus généralement) que la canne à sucre perd 10% de sa valeur ( en taux de sucre) par jours restés au sol depuis sa coupe. Et je me demande dans quelle mesure nous sommes, nous autres (humains) comme ces cannes à sucre, là, à terre, couchées sur la paille attandant que l'on nous charge dans les remorques avant de regagner les usines pour y être transformer (en sucre ou Rhum) et commencer un nouveau cycle, une nouvelle vie.

Je crois que moi aussi, je perd de ma valeur, de ma qualité un peu plus chaque jour. Je suis comme la canne à sucre de mon pays, coupé là sur le sol, j'attend qu'on vienne m'emporter pour commencer une nouvelle vie. Donnerais-je un jour de l'ivresse, ou de la douceur aux Hommes. J'espère et cela fait longtemps déjà... si bien que je me demande si je suis encore assez bon, si j'ai encore le potentiel.  ou finirais-je, replanté en bouture, pour la saison prochaine ?

Vous connaissez au fond de vous la réponse, à cette question. vous me connaissez si bien... (vous en doutez ?) puisque je vous dis que je suis toujours votre Jayce, pour l'instant, allongé sur la paille certes. Sachez que je pense vous à peu pres aussi souvent que le ciel est bleu, et que je regarde l'horizon. et vous serez, a mes yeux toujours ma chère [...], et pour ça j'imagine que l'on ne change pas, ou sans-doute pas autant qu'on l'on croit ou qu'on le voudrait. C'est ainsi !

Bien à vous,


Jayce 


Retour à l'accueil